Quand bruissent les bambous – Laurence Marconi

Questions à Laurence Marconi pour qu’elle nous présente son recueil de nouvelles : Quand bruissent les bambous, publié chez Zonaires éditions.

Qu’est-ce qui vous a conduite à l’écriture ?

J’ai toujours aimé les mots. Enfant, j’écrivais des poèmes. Ensuite, j’ai été emportée par le cours de la vie : mon métier, mes enfants. J’ai attendu d’être plus libre pour consacrer du temps à l’écriture. Rien de très original ! Je ressens le besoin et l’envie d’exprimer par écrit les émotions, les sensations simples que l’on éprouve au quotidien et que l’on a tendance à négliger. La somme de tous ces instants compose une petite musique qui rythme la vie. J’aime fouiller, saisir les détails, traduire en mots des impressions.

Pourquoi la  nouvelle ?

Je pense qu’au départ, c’était par facilité, même si écrire une nouvelle n’est pas plus facile qu’écrire un roman ! Au contraire, il faut, en peu de lignes, raconter, émouvoir, donner corps et épaisseur à des personnages… Mais quand on débute, on a souvent peur de se lancer dans le format plus ambitieux que représente le roman. Et puis, j’ai pris goût à l’exercice d’écriture d’une nouvelle car il correspond bien à ce que j’ai envie d’exprimer : des instants de vie, brefs mais intenses.

Quelles sont vos influences ?

Je lis beaucoup : littérature classique, littérature contemporaine, française ou étrangère. L’éventail est large ! Jane Austen et les sœurs Brontë, Joyce Carol Oates, Elena Ferrante, Alessandro Baricco, Silvia Avallone, Paolo Cognetti… Sans oublier, bien sûr, les auteurs français : Maupassant, Daniel Pennac, Tonino Benacquista, Le Clézio, Michel Déon, Laurent Gaude… Je crois que je me nourris de toutes ces lectures. Mais ce que j’apprécie, au-delà de l’histoire, c’est le style d’un auteur. Dans la lecture, l’écriture prime. C’est elle qui me transporte, quelle que soit l’histoire.

Qu’est-ce qui déclenche votre écriture aujourd’hui ?

 Je suis un peu comme une éponge, j’absorbe ce qui m’entoure. Les bruits, les couleurs, les odeurs. J’aime observer les gens, dans la rue, dans le train, dans un aéroport ou dans un lieu public. Je suis aussi très sensible à la Nature. Je marche beaucoup, et je cours également. Quand l’éponge est saturée de sensations, je la presse et les mots coulent alors sur la page ! Mais il faut aussi un cadre, un thème. Ce qui déclenche mon écriture, ce sont des rencontres, des émotions, des anecdotes, des lieux, des voyages.

Comment est né ce nouveau recueil ?

Il est né d’un voyage : un trek au Laos, en janvier 2016. Nous sommes partis de la ville de Luang Prabang, qui est fascinante, puis nous avons remonté le cours du Mékong, en bateau, jusqu’à une petite ville située au nord du pays, Pak Beng. Et là, nous avons commencé à marcher, dans la montagne, au milieu d’une végétation belle et luxuriante. Nous étions tous les deux, mon mari et moi, accompagnés par un guide qui parlait très bien le français et qui nommait et décrivait tout ce qui nous entourait: les arbres, les plantes, les fleurs, les épices, les montagnes, les ruisseaux… Nous avons beaucoup marché, sur des sentiers de terre rouge qui serpentaient entre les bambous et les bananiers. Et, surtout, nous avons vécu dans les villages des tribus Akha, Hmong ou Khamou. C’était une expérience émouvante et riche. Nous avons dormi dans la pièce de vie commune, au milieu des grands-parents et des enfants, fait des toilettes sommaires dans de petits cours d’eau qui ruisselaient à l’écart des villages, partagé les repas et le quotidien de villageois qui mènent une existence aux antipodes de la nôtre, sans eau courante ni électricité. Quand bruissent les bambous est né de ces rencontres, et d’anecdotes que nous avons vécues ou que notre guide nous a racontées.

Quelle nouvelle vous semble emblématique de ce recueil et pourquoi ?

C’est une question difficile. Dans certaines nouvelles, je me glisse dans la peau d’un villageois : une femme qui rentre du marché, alourdie par le poids de son panier et de ses tourments, le chef d’un village désorienté, qui découvre la ville pour la première fois. Dans d’autres, je mets en scène des Occidentaux, touristes, expatriés ou humanitaires… Je choisirais peut-être celle qui donne son titre au recueil : un homme marche dans la montagne, pour rejoindre son village, et fait une rencontre inattendue qui le pousse à remonter le cours de sa vie. Au moment où tout peut basculer, il s’interroge sur le sens de son existence. Les personnages de mes nouvelles sont tous, en quelque sorte, à la croisée des chemins. En cela, le personnage de la nouvelle Quand bruissent les bambous est emblématique de tout le recueil.

Des projets en écriture ?

Oui ! Je pense déjà à un prochain recueil de nouvelles qui sera très différent de celui-ci mais toujours avec un fil conducteur très solide qui ficèlera le tout ! J’aime que les textes d’un recueil forment une unité. Dans mon livre précédent, L’ombre de la colline, publié par Zonaires éditions en 2017, la fuite inexorable de temps tissait le lien entre les différentes nouvelles : la petite musique des souvenirs qui s’égrènent en chacun de nous, la nostalgie, la vieillesse. Dans le premier, Sur un air de Gershwin, la ville de Londres servait d’écrin et de décor à mes nouvelles. J’ai aussi le projet d’écrire un roman : une autre aventure. J’ai déjà une idée en tête…

Enfin, faites-nous « entendre » la mélodie de votre écriture

J’ai choisi un court extrait de ma nouvelle, La Belle au Pont Dormant, qui ouvre le recueil.

«  La nature avait doté la jeune fille d’un visage et d’une silhouette capables de réconcilier le dernier d’une classe avec la géométrie. L’ovale de son visage trouvait un écho dans l’amande de ses yeux légèrement bridés. Son chapeau pointu était retenu par deux rubans fixés à la base du rotin et noués sous le menton. L’ensemble traçait les contours parfaits de deux triangles se rejoignant pour dessiner un losange au centre duquel le visage de la jeune fille, ourlé d’ombre, diffusait l’éclat pudique d’une lune voilée. Les manches chauve-souris de sa tunique formaient, elles aussi, deux triangles lorsque Miel écartait les bras pour écrire sur la souche de son petit carnet. Quand le vent soufflait, l’étoffe légère se gonflait comme les voiles d’une jonque et l’esprit de Martin lui jouait alors des tours : il l’imaginait bateau, glissant sur le Mékong, ou bien encore cerf-volant, tournoyant au-dessus des eaux bronze du fleuve. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était la retrouver, au petit matin, installée au bout de la passerelle de bambou qui enjambait la Nam Khan. Elle appartenait à ce décor… ».

Merci Laurence !

Quand bruissent les bambous – Laurence Marconi, Editions Zonaires.

Une infirmière en campagne, un homme-oiseau réfugié sur la branche d’un arbre, le Chef d’un village qui découvre la ville, une jeune fille posée comme un papillon au bout d’une passerelle en bam-bou… Les personnages de ce recueil de nouvelles sont tous à la croisée des chemins. Profondément marquée par un trek au Laos, l’auteure nous conte des histoires inspirées de ses rencontres, de témoignages et d’anecdotes, qui ont pour décor les paysages des montagnes du nord, le Mékong et la ville de Luang Prabang.

La végétation semblait agglomérée comme le riz gluant longuement malaxé…
Ils progressaient toujours encerclés par la végétation : des lianes enchevêtrées, des touffes de bananiers, un sous-bois dense, grouillant de sources enfouies qui chuintaient et ruisselaient sur la terre rouge…
Le ciel était gris et bas, et le ventre du Mékong, lisse et rebondi comme celui d’une baleine…
Luang Prabang s’étirait de chaque côté du Mékong, éblouissante, alanguie. Le bateau glissait le long des maisons aux balcons d’acajou qui ourlaient le fleuve.

Laurence Marconi a enseigné l’anglais dans un collège de Seine-et- Marne pendant de nombreuses années. Elle écrit des nouvelles dont certaines ont été primées à l’occasion de concours. Son premier recueil, Sur un air de Gershwin, a remporté le prix des Beffrois en 2014. Après L’Ombre de la colline, Quand bruissent les bambous est son second recueil publié par Zonaires éditions.

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Une réflexion sur “Quand bruissent les bambous – Laurence Marconi

  1. Bel article, belle interview. Une seule chose me gêne : on pourrait croire que c’est moi qui ai répondu; sauf en ce qui concerne le thème du livre lui-même. Apparemment un beau voyage…

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