Cordes sensibles de Benoît Camus -Interview

Benoît Camus a déjà quelques ouvrages à son actif et la publication de son nouveau recueil de nouvelles aux éditions Zonaires est une excellente nouvelle ! Cordes sensibles vient de paraître et pour en savoir plus sur son auteur, je lui ai posé quelques questions…

Benoît Camus, bonjour et merci de vous prêter à cette petite interview. Pour commencer, qu’est-ce qui vous a conduit à l’écriture ?

J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Il ne me semble donc pas qu’il y ait eu un quelconque déclic. C’est comme un état naturel.

Le cinéma a néanmoins joué un rôle important dans ce lien tissé avec l’écriture. Très jeune, dès huit ans, je remplissais des cahiers à propos des films que je voyais ; les articles, d’abord descriptifs, sont devenus, en grandissant, critiques. J’analysais, j’exprimais mon ressenti. C’étaient mes Cahiers du Cinéma à moi. Je voulais être cinéaste. Peu à peu, je me suis mis à écrire des histoires. J’en transcrivais certaines sous forme scénaristique, jusqu’à gagner un concours de scénario de court métrage. Le film a été réalisé. L’expérience a été formatrice et très frustrante à la fois. Je me suis aperçu que le cinéma n’était pas pour moi (une question de caractère), qu’il y avait loin de l’œuvre rêvée au résultat. Et que le plaisir que j’éprouvais (ce sentiment jubilatoire que la création procure) était tout dans l’écriture. Il s’avérait évident que ma place et mon lieu de tous les possibles se trouvaient là. Pas besoin de gros moyens : juste un stylo (ou un clavier) et les mots. On est seul maître à bord et le seul responsable de ses ratages.

Pourquoi la nouvelle ?

Je ne privilégie pas la nouvelle. Mais il semble que son format me convienne. Ce n’était pas évident au départ, car j’aime bien la digression, qui n’est pas recommandée (et qui procure pourtant de belles surprises par les orientations et les détours qu’elle suscite)… L’exercice est exigeant. Efficacité, simplicité, tension. J’apprécie l’instantanéité qu’il favorise, son côté droit à l’essentiel et sur le vif.
La nouvelle, surtout, offre un vaste champ de liberté et permet en un recueil de multiplier les voix et les points de vue, de frayer partout et dans tous les cœurs. Elle permet d’assouvir le fantasme mégalomane d’une œuvre-monde.

Quelles sont vos influences ?

Elles sont multiples et éclectiques. Beaucoup de cinéphiles, comme de littéraires. Cela va de Gilliam et Chaplin à Volodine et Pennac, de Kafka et Cervantès à Vigo et Blier en passant par Lynch, Proust, Conrad, Leone ou Dick. La question est difficile car elle est limitative. Je crois que je pourrais citer d’innombrables œuvres ou artistes. Je crois que tout est influence. Et que les plus importantes sont celles dont on n’a pas conscience.

Qu’est-ce qui déclenche votre écriture aujourd’hui ?

Tout et n’importe quoi. Par bonheur, je n’ai pas besoin de forcer ma nature. Un mot, un article, une rencontre, une conversation suffisent à me mettre en branle. Je n’ai parfois qu’à m’installer à ma table de travail et à laisser venir. Il arrive que cela prenne un peu de temps, mais ça vient toujours. L’indignation peut aussi être un moteur et dieu sait si les raisons de s’indigner ne manquent pas. Je m’en méfie néanmoins car ce sentiment empêche la nuance et noie la complexité. Elle fournit une bonne impulsion, requiert cependant un traitement plus approfondi des textes qu’elle génère et oblige à maintes réécritures.

Comment est né ce nouveau recueil ?

J’ai écrit les premiers textes (dont des versions sont parues en collectif ou en revue (Harfang, Rue St-Ambroise, L’Ampoule)), il y a quelques années. Je me suis aperçu que le thème de la musique, en tant que vecteur de résilience, et représenté par cet instrument populaire qu’est la guitare, revenait souvent. Un leitmotiv que je me suis mis à travailler de façon plus consciente, en explorant et en développant, notamment, son caractère universel.

Quelle nouvelle vous semble emblématique de ce recueil et pourquoi ?

Difficile à dire. Peut-être Le griot s’est volatilisé, car la nouvelle reflète bien le propos du recueil, en soulignant la force libératoire de la musique et la capacité de l’art à transcender le réel, à le déborder. On ne peut totalement réduire l’humanité, on ne peut annihiler l’imaginaire.

Des projets en écriture ?

Comme j’écris plus que je ne publie, j’en ai un certain nombre sous le coude à des degrés divers d’avancement. Romans ou recueils. L’un d’eux pourrait bientôt se concrétiser ; du moins, je l’espère.

Enfin, faites-nous « entendre » la mélodie de votre écriture.

Voici quelques lignes du texte Le griot s’est volatilisé, puisque je l’ai évoqué plus haut :


Et le djéli se met à chanter. La mélopée se répand dans l’habitation, comble le vide provoqué par la perte de la kora dans le cœur de Balla. Wâ ranime le sang du peuple et évoque la mort de Soundiata Keita, le plus grand conquérant que la terre ait porté, fondateur de l’empire du Mali et sage des sages qui offrit aux hommes la Charte du Manden. Il raconte comment en nageant dans les eaux du Sankarani, le héros qui fut l’enfant buffle, le lion du Manding, se transforma en hippopotame et devint ce pays dont il avait été le maître et auquel, en mourant, il donnait le nom. « Voilà, Balla, de quelle façon disparut le roi des rois. Entends-tu ? » Balla entend. Il écoute, fasciné, envoûté par les boucles répétitives du vieux griot et ne s’aperçoit pas qu’à l’extérieur de l’habitation, le quartier s’agite.

En complément et au cas où l’on voudrait en savoir davantage, je me permets de vous indiquer le lien vers la page du livre sur le site de Zonaires : https://www.zonaires.com/?p=3244
ainsi que le lien vers mon blog d’auteur : http://benoitcamus.eklablog.com/

Merci Benoît Camus ! Je souhaite longue vie à ce livre qui est disponible en quelques clics sur le site de l’éditeur, malgré la fermeture qu’on espère provisoire des librairies.


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